La voix, avenir du contenu et fin de l’interface ?​

Au risque d’en décevoir certains, dire que l’avenir est au contenu vocal ne renvoie pas à des lendemains qui chantent. Enfin, si, si vous êtes du genre à rêver de converser avec votre machine à laver.

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Personnellement, je n’utilise JAMAIS la commande vocale, mais j’ai bien conscience que de plus en plus de gens disposent d’assistants vocaux. « Ok Google », c’est un usage qui se répand dans la sphère privée, publique et maintenant professionnelle. C’est pourquoi je me suis rendue jeudi 6 juin au déjeuner-conférence de la Ruche industrielle sur la thématique suivante :

La voix, quelles applications pour l'industrie ?

Sans divulgâcher  l’intervention de Luc Veuillet de l’agence Insign, j’aimerais partager ici les points qui ont particulièrement retenu mon attention.

Le vocal, voie à réponse unique

Vu de ma fenêtre, la menace majeure porte sur la visibilité : la recherche vocale apporte une seule réponse à l’utilisateur, là où la requête écrite en présente encore plusieurs. On assiste donc à un transfert du choix de la réponse consultée de l’humain… à l’algorithme, ce qui n’est pas sans soulever quelques interrogations d’ordre éthique.

Autant dire que dans ces conditions, l’important n’est plus de participer à la course du SEO mais d’être premier.

Un dilemme stratégique

L’avance des GAFA, notamment d’Amazon, du point de vue de la technologie et de la connaissance client, met les industries européennes face à un choix stratégique : compatibilité ou développement propre, il faut se positionner et vite !

Un outil puissant à consommer avec modération

Dans le cadre de son application au poste de travail, la voix est à manipuler avec précaution : un employé « augmenté » grâce à des commandes 100% vocales gagne en productivité, commet moins d’erreurs… pendant un temps seulement !

La voix, de par son ancrage mémoriel fort, sollicite en effet davantage le salarié et peut par exemple à terme entraîner une dégradation de son sommeil. Je n’ai aucun mal à le croire, la tonalité du téléphone ayant servi de bande-son à mes nuits pendant toute la période où je travaillais en centre d’appel. 

Pourquoi le vocal interroge la sphère de la rédaction de contenus ?

Le rédacteur ou la rédactrice doivent désormais prendre en compte un « lecteur » d’un genre nouveau qui répond au doux nom d’Alexa, Siri ou Google Home…

Comprendre et prononcer en conséquence

Le développement des requêtes et commandes vocales est au cœur des problématiques de contenus aujourd’hui car elles posent la question de la capacité de compréhension et de prononciation des textes par les assistants vocaux.

Comment lisent-ils les noms techniques et le vocabulaire métier qui ne figurent pas dans leur base de données, les abréviations, etc. ? Comme pour la traduction, on se demande si la machine sera un jour capable d’interpréter un mot en fonction de son contexte (pour reprendre régulièrement des traductions automatiques, nous avons encore de la marge).

Ce qui m’amène d’ailleurs à la question de qui se charge de réviser la « diction » de ces chers outils ? Le Chief Pronunciation Officer, bientôt dans vos contacts LinkedIn ?

Un défi pour l'inclusion et l'accessibilité

J’ajouterais que, pour qui s’intéresse à la mise en application de l’écriture inclusive, c’est-à-dire au moins certains de mes clients et moi-même, la question de la lecture vocale se pose également.

Utiliser un point médian ou même des formes plus consensuelles comme les parenthèses reviendrait d’après les pros du SEO à faire une croix sur son référencement. En effet, qui tape/dicte une requête non genrée (spoiler : même pas moi) ? De plus, ces formes de graphie, non comprises par les logiciels, nuisent également à l’accessibilité des contenus pour un public malvoyant par exemple.

Rendre ses contenus inclusifs et accessibles à toutes et tous devient un vrai sacerdoce. Ajouté à la lourdeur des constructions de phrases en double forme et à la complexité des accords qui en découlent, on passe catégorie casse-tête et contrainte stylistique énorme. Dans ces conditions, comment concilier engagements et impératif de référencement, rédaction UX et représentativité du langage ?

J’en termine donc par un certain nombre de questions, mais cela cadre bien avec la conclusion de la conférence, qui faisait suite à une remarque sur les chatbots :

La voix est un épiphénomène, le réel enjeu, c’est la conversation !

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